On ne conquiert pas une femme.On mérite qu'elle choisisse de rester.

À toi, jeune admirateur, qui crois que le désir se crie

Écoute, avant de parler.

Dis-lui, jeune admirateur, que sa beauté n'est pas un fer à repasser qui chauffe une seconde et perd son intensité — sa beauté est une effluve qui traîne des jours exquis et fabuleux, marquant à jamais votre première rencontre.

Dis-le-lui sans qu'elle soupçonne un mot mal placé de flatterie, car la flatterie est une pièce de monnaie qu'on dépense vite et qui ne vaut plus rien le lendemain. L'admiration véritable, elle, ne se dépense pas — elle se dépose, comme la poussière d'or au fond d'une rivière, invisible mais présente pour toujours.

Ne te précipite pas, jeune homme. Le torrent qui se jette n'arrose rien — il ravage. C'est la pluie fine, patiente, qui fait pousser les jardins. Sois cette pluie.

Ne confonds pas l'envie qui brûle en toi avec le droit de t'imposer. Le feu qui réchauffe est celui qu'on entretient à distance ; celui qu'on approche trop vite ne fait que brûler ce qu'il touche.

Apprends à regarder sans dévorer. Un vieillard te le dit : les hommes qui ont su aimer longtemps sont ceux qui ont d'abord su attendre. La beauté d'une femme n'est pas une porte qu'on enfonce — c'est un jardin qu'on découvre pas à pas, et qui ne s'ouvre qu'à celui qui a su ne pas la piétiner.

Sois viril, oui — mais que ta virilité soit un chêne, pas une flamme. Le chêne ne bouscule pas, il abrite. Il ne s'agite pas, il rassure. Et c'est sous son ombre que naît, sans qu'on la force, l'envie de rester.

Sache enfin, jeune homme, que la réciprocité qu'on arrache n'est qu'un vol déguisé, tandis que celle qu'on attend, offerte librement, devient un trésor qu'aucun temps n'efface. Car l'amour qui laisse des traces n'est jamais celui qui a pris — c'est celui qui a su donner, sans jamais rien exiger en retour.

Va, maintenant. Et souviens-toi : on ne conquiert pas une femme. On mérite qu'elle choisisse de rester.

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